Colonisation et échanges linguistiques

 

Le cas de l’Algérie
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Rappelons –le, il n’est nullement question de faire ici le procès de la colonisation, ni de nier ses apports culturels (souvent imposés par la force, d’ailleurs) mais de voir comment une culture dominante, se laisse « infiltrer », modeler en un mot influencer par la culture qu’elle prétend émanciper, « civiliser » disait-on à l’époque.
L’exemple de l’Algérie –colonie de peuplement- et donc cas pratiquement unique dans le genre est particulièrement éloquent à ce sujet.
Dans le cas de ce pays, il y a plusieurs paramètres socio-historiques à rappeler pour permettre de comprendre les phénomènes linguistiques originaux que l’histoire coloniale –tourmentée- a engendrés.

 

                                                                                                                                                       
1 : En dépit de la propagande coloniale de l’époque (et qui a longtemps survécu), la France n’a pas conquis un pays « vierge », sans état, sans structures, avec justes quelques peuplades vivant dans un néant culturel absolu ! Certes, l’Etat vaincu était déjà une régence sous domination Ottomane , la langue arabe y était déjà exclue de tous les domaines de l’administration du fait de la présence turque, mais elle était omniprésente , sous sa forme dialectale dans tous les aspects de la vie quotidienne.
2 : Les décrets « Crémieux » ont permis aux tribus juives algériennes autochtones (berbères), installées là depuis des siècles d’accéder à la nationalité française. Or, ces tribus, portant souvent des noms arabes étaient parfaitement arabisées et comptaient dans leurs rangs nombres de gens lettrés, sinon érudits aussi bien en Hébreu qu’en Arabe.
3 : Les vagues successives de colons –de diverses origines- que la France faisait installer en Algérie, n’atterrissaient pas en terrain linguistique vierge ; bien au contraire, les nouveaux colons devaient très vite faire face à la réalité linguistique du pays pétri de langue et de culture arabes, malgré le côté « apartheid » qu’avait cette colonisation, et le désir des minorités européennes de s’isoler de ceux que l’on appelait les indigènes.

4: De tout ceci il en découle que les colons, baignant dans un environnement fortement arabisé, eux-mêmes issus d’origines diverses (Italiens, portugais, Espagnols…) ont peu à peu donné naissance à une langue originale, entre la langue de Molière et l’arabe dialectal dans sa version de l’époque, c’est à dire probablement assez proche du classique. C’est ce que nous appelleront par commodité, et faute de mieux « le parler pied-noir ».

 

Certains socio-linguistes vont jusqu’à dire, que si l’histoire avait évolué autrement et si l’aventure coloniale avait connu un dénouement pacifique et plus constructif, il se serait crée une véritable langue parlée originale à mi-chemin entre le Français et l’Arabe, un peu à la manière du français québécois, toute proportion gardée !

Cependant, si ce « parler pied –noir » a laissé des traces indélébiles dans le Français tel qu’il est parlé aujourd’hui encore en Algérie , il a peu influencé syntaxiquement le Français de France, malgré la forte folklorisation d’une certaine culture que les pieds-noirs d’Algérie ont réussi à imposer dans l’hexagone.

Diffusion du Français à grande échelle… après l’indépendance!

Jamais le Français n’a été autant enseigné, diffusé, “démocratisé” en Algérie qu’après l’indépendance de ce pays! Durant toute la période coloniale, l’enseignement était réservé aux minorités coloniales, aux juifs algériens après le “Décret Crémieux“, ainsi qu’à une minorité algérienne, citadine de la petite bourgeoisie.

Cette minorité citadine, ainsi formée allait d’ailleurs plus tard rejoindre le mouvement nationaliste et lui fournir de nombreux “cadres” lettrés francophones.

Bien entendu, il n’existait aucune loi interdisant explicitement aux “indigènes” musulmans d’inscrire leurs enfants dans les écoles. Mais la nature même du système colonial tel qu’il s’est installé, en forme d'”apartheid” faisait que les dits “indigènes”, renonçaient d’eux-mêmes, refusaient d’envoyer leurs enfants dans les écoles du colonisateur, pour y apprendre une autre langue que celle du Coran et Dieu sait quelles “valeurs” autres que celles de l’islam tel qu’ils le vivaient.

L’accès à l’indépendance, pourtant réglé pratiquement dans les détails par les “accords d’Evian“ne se déroula malheureusement pas aussi bien que prévu, du fait de minorités européennes récalcitrantes qui perdaient ainsi leur principal avantage: celui de régner en maîtres absolus sur un immense pays doté de grandes richesses avec l’accord et les encouragements des autorités coloniales. Résultats: tentative de putsch militaire contre De Gaulle, création de l’Organisation de l’Armée Secrète (OAS) et exactions en tout genre, réplique du FLN, chaos, et au final, départ massifs des européens ainsi que des juifs naturalisés Français…

Le pays s’est retrouvé vidé de tous ses cadres, dans pratiquement tous les secteurs d’activité. Le jeune Etat algérien se devait de pallier rapidement ce manque en formant des cadres. Pour cela, il a dû faire appel à la coopération internationale dans le domaine de l’enseignement notamment.

Tous les rouages de l’administration dont il a hérité fonctionnant en Français, priorité a été donné par conséquent à l’enseignement de cette langue pour pouvoir assurer la continuité des services. De nombreux jeunes Français de métropole se sont portés volontaires comme “coopérants”, mais aussi des Belges, des Suisses francophones..

Parallèlement, il fallait -progressivement- rendre à la la langue arabe sa juste place en tant que “langue nationale” et l’enseigner autant que faire se peut parallèlement au Français. Pour cela, on fit appel à la coopération des pays arabes, notamment l’Egypte et la Syrie…

Ainsi, un système d’enseignement bilingue s’est mis en place, avec globalement un partage des matières selon les priorités et choix économiques faits par le jeune Etat en construction:

  • Le Français pour toutes les matières scientifiques afin de fournir les cadres en mesure de gérer l’économie
  • L’Arabe littéral pour toutes les matières dites “littéraires”.

Les “masses populaires” selon la terminologie de l’époque, n’hésitaient plus à envoyer leurs enfants à l’école algérienne même si on y enseignait le Français, puisque les enfants allaient y apprendre aussi l’arabe et recevoir une instruction civique et religieuse conforme à l’islam. Et de toute façon, la scolarisation des enfants était devenue obligatoire…

Conclusion: l’Etat algérien, en quelques décennies, à plus contribué à la diffusion de la langue française que le système coloniale en 132 ans de domination absolue!

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