Lire, écouter, comprendre le Coran

Pour une lecture saine du Coran

القراءة السليمة في القرآن الكريم

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Le Coran: difficultés de lecture, de compréhension , d’enseignement.

DILAP a toujours affirmé son caractère laïque et sa mission essentiellement pédagogique pour la promotion et la diffusion de la langue et la culture arabes. Nous considérons que la laïcité ne peut évacuer le fait religieux, surtout dans le contexte de la culture arabo-musulmane qui est notre principal champ d’intervention. Elle n’est pas automatiquement opposée à l’étude du fait religieux ; bien au contraire, elle peut contribuer de façon constructive à mieux le comprendre, voire à en favoriser l’évolution dans un sens positif en interpellant notamment la recherche scientifique, avec les outils de la modernité.

Le texte coranique reste l’élément fondateur de la culture arabo-musulmane, pierre angulaire, référence incontournable, de même que ce texte, dans la forme écrite sous laquelle il nous est parvenu détermine aujourd’hui encore non seulement la syntaxe de l’arabe moderne, mais aussi son lexique et ses règles d’orthographe.

Pour pouvoir offrir à nos visiteurs un dispositif efficace et simple permettant une lecture correcte du Coran, il nous fallait tenir compte de la forme (classique) sous laquelle circule le texte sacré dans l’ensemble du monde musulman, et ce, depuis des siècles avec une orthographe médiévale différente de l’orthographe arabe en vigueur aujourd’hui. Et que nous utilisons nous-mêmes dans notre enseignement et les manuels que nous proposons au public.

Autrement dit, entre l’écriture adoptée dans nos manuels (voir notre ouvrage Kitaba) et la vulgate coranique en circulation, un apprenant débutant ne peut que ressentir un certain trouble face au décalage entre l’écriture coranique (et son imposant appareil de signes diacritiques) et l’écriture moderne, plus dépouillée, plus simple.

Pour répondre à ces interrogations légitimes, voici la démarche que nous avons adoptée :
– Permettre, dans un premier temps, aux non-arabophones d’accéder au texte sacré avec l’orthographe moderne (plus simple, plus claire)
– Dans un deuxième temps, les faire accéder à la vulgate coranique « classique » dans sa forme orthographique médiévale, sans risque de gêne ou de déformation au moment de la réalisation orale (récitation). Sans parler des conséquences de telles déformations au niveau du sens et de la compréhension…

            Le Coran: un texte ancien

Le texte coranique, tel qu’il nous est parvenu remonte au XII ème siècle. D’abord déclamé, récité et diffusé oralement.

L’idée, longtemps en circulation dans le monde arabo-musulman (et encore de nos jours) d’un livre -dans sa forme actuelle- apporté par l’ange Gabriel relève de l’invraisemblance historique. L’écriture arabe de l’époque, rudimentaire ne pouvait véhiculer un texte aussi complexe sous toutes les formes.

L’ ensemble des sourates circulaient donc oralement grâce à des « huffadhs » (récitants du coran, reconnus pour leur foi, leur fidélité au prophète et surtout pour leur mémoire…

Ces huffadhs étaient souvent issus de tribus différentes et de régions d’Arabie assez éloignées les une des autres, mais se retrouvaient autour de cette même mission: diffuser le coran et le faire apprendre à tout nouvel adepte qui le souhaiterait. En dépit de leurs fort probables différences d’accent ou de prononciation.

Vieil exemplaire du Coran découvert à Sana

Les conditions de la mise par écrit puis de la fixation canonique du texte que la tradition fait remonter au troisième calife Uthmân (574-656) font toujours l’objet de recherches et de débats parmi les exégètes et historiens du xxie siècle.

Il en ressort globalement les conclusions suivantes :

  • Le calife, devant les différences de récitation qui commençaient à devenir problématiques à plus d’un égard a décidé de réunir le tout en un corpus unique, fixé définitivement par écrit.
  • Les différence de récitation (souvent minimes) furent réglées par consensus
  • il a fallu parfaire le support écrit en y rajoutant des points pour différencier les lettres semblables, puis progressivement des voyelles diacritiques.
Deux ancien exemplaires du Coran à reliures

Le plus souvent, un apprentissage rudimentaire.

Le Coran influence dès l’enfance. L’enfant en est imprégné très tôt„ lorsque à cinq ou six ans il est envoyé à l’école coranique pour y apprendre les premiers rudiments de la religion. Cet apprentissage peut rester rudimentaire ou partiel, comme il peut devenir total et profond. Aujourd’hui, dans la plupart des pays du Maghreb, l’école coranique traditionnelle (madrassa) a pratiquement disparu.

Dans les pays subsahariens et d’Afrique noire musulmane, elle persiste, dans les formes les plus archaïques sur le plan de l’enseignent et avec des moyens très précaires souvent assortis de coercition physique et de privations punitives. D’ailleurs largement prises en charge par des groupes islamistes dont le seul but est l’endoctrinement des enfants et des jeunes.

Traditions religieuses Al Azhar

Dans le reste des pays arabo-musulmans , elle a été remplacée par des établissements modernes où le fait religieux tient sa place, mais n’y est plus prépondérant. On y enseigne aussi bien la science des hadiths que les mathématiques, la géographie, ou les sciences naturelles… Rappelons que dans la majeure partie de ces pays, l’Islam est religion d’état et l’instruction religieuse est donc obligatoire et fait partie des programmes d’enseignement.

L’apprentissage – quasi obligatoire pour certains enseignants – de quelques sourates du Coran aux élèves permet au texte sacré d’être toujours présent et vivant, au sein de la société. C’est aussi un signe distinctif parmi tant d’autres qui permet aux membres de la communauté de s’identifier. Nombreuses sont les occasions où le Coran est récité collectivement, en chœur, récitation le plus souvent accompagnée de balancements du buste synchronisés, ce qui accentue encore plus le caractère communautaire de la récitation. Notons enfin qu’on ne peut approcher le livre sacré qu’en état de pureté totale, physique et spirituelle.

 

Répondre correctement à une demande légitime

De très nombreux visiteurs nous expriment régulièrement leur désir d’accéder à la lecture du texte coranique. Fidèles à nos convictions laïques, nous répondons à cette demande, tant le fait religieux dans la culture arabe ne saurait être occulté pour quelque raison idéologique. Nous le faisons simplement, sans prosélytisme aucun, sans interprétation (ce n’est pas de notre ressort)… Enseignants et pédagogues, notre seul souci est la diffusion de la langue arabe et « le bon usage de la langue ». Le texte coranique, souvent malmené par des apprentissages archaïques, menés par des gens sans formation sérieuse, mal appris, mal assimilé, peut déboucher sur des interprétations erronées et donc sur des attitudes non conformes à l’esprit du texte sacré. Accéder à la lecture et à la compréhension du Coran est une demande légitime à condition d’en faire une lecture saine à tous les points de vue. Nous proposons ici quelques sourates dites « Mecquoises » (parce que révélées à la Mecque), les plus courtes et les plus faciles à mémoriser. Nous les présentons transcrites en orthographe et polices de caractères modernes, donc avec quelques différences par rapport au texte de la vulgate coranique dite de Uthmân, en circulation, comme texte « officiel » dans l’ensemble du monde musulman. Nous avons fait ce choix — comme il est d’ailleurs d’usage dans les systèmes scolaires modernes des pays arabes — pour en faciliter la lecture aux débutants, et parce que le texte y gagne en lisibilité, notamment pour les problèmes de voyelles longues et l’écriture de la hamza pour les termes qui ont été conservés dans leur orthographe originelle y compris dans les manuels arabes modernes et la presse. Pour la traduction, nous nous sommes largement inspirés des ouvrages de Jacques Berque (Sindbad, 1990) et de D. Masson Gallimard 1967, en prenant la liberté de certaines modifications, selon nos propres lectures essentiellement éclairées par l’exégèse de Tabariy.

Enseignants et pédagogues, notre seul souci est la diffusion de la langue arabe et « le bon usage de la langue ». Le texte coranique, souvent malmené par des apprentissages archaïques, menés par des gens sans formation sérieuse, mal appris, mal assimilé, peut déboucher sur des interprétations erronées et donc sur des attitudes non conformes à l’esprit du texte sacré. Accéder à la lecture et à la compréhension du Coran est une demande légitime à condition d’en faire une lecture saine à tous les points de vue.

Sourate 106 : Quraysh.Orthographe moderne :

بسم الله الرحمان الرحيم

لإيلاف قريش(1) إيلافهم رحلة الشتاء والصيف (2) فليعبدوا رب هذا البيت (3) الذي أطعمهم من جوع وآمنهم من خوف (4)

1- Pour le rassemblement de Quraysh. 2- Leur rassemblement en vue des déplacements d’hiver et d’été. 3- Puissent-ils adorer le Seigneur de cette Maison. 4- Qui leur fournit nourriture et sûreté en place de crainte .

Illustrations : 1- Coran avec des extraits de l’exégèse de l’Imam Tabary. Dar Al Shurûq .

OUVERTURE

1- Au nom de Dieu, le Tout miséricorde, le Miséricordieux

2- Louanges à Dieu, Seigneurs des univers

3- Le Tout miséricorde, le Miséricordieux

4- Le Roi du Jour de l’Allégeance

5- C’est Toi que nous adorons, Toi dont nous implorons le secours.

 

 

M. Boudaakkar, Novembre 2020

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