Litterature amoureuse arabe: Al-Soyouti

NUITS DE NOCES – 1-

Ou comment humer le doux breuvage de la magie licite

Par ‘Abd al-Rahmân al-Souyoûti (1)

R. Khawam. (2) Traduction intégrale sur les manuscrits arabes.

Textes choisis et annotés par Mahfoud Boudaakkar

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Dans ces « Nuits de Noces », l’auteur, ‘Abd al-Rahmân al-Souyoûti (1445-1505) fait parler une vingtaine de personnages qui décrivent chacun sa première Nuit de Noces au cours d’une brillante improvisation. Chacun fait intervenir des images familières, et en même temps que les péripéties d’une nuit d’amour, surgit tout ce qui constitue la personnalité humaine avec toutes ses nuances : le métier même du narrateur y apparaît.

Un commentaire érotique suit ce véritable feu d’artifice. Nous trouvons des mots de caractère, des anecdotes typiques, une étude médicale de la « matière » érotique, des conseils pour cultiver sagement le plaisir permis, qui peut même, d’après l’auteur, contribuer à la l’édification d’une bonne piété chez le croyant fidèle. A cela s’ajoute les poèmes érotiques de la littérature arabe et le tout constitue un bouquet varié et délicat.

Editions Albin Michel, 1972.

Le « huitième « homme qui prononça un discours fut le « grammairien ». Il parla en ces termes :

Lorsque nous nous assîmes sur le lit, nous bûmes ensemble à des coupes remplies chacune d’une variété de badinages. Puis nous nous accolâmes, à la manière de deux termes en état d’annexion (3), et je suçai d’entre ses lèvres ce qui était plus savoureux que le jus coulant des raisins avant qu’on les presse.

Quand elle eut dénoué le voile et quand la consonne finale fut affectée de la voyelle « I », par l’effet du voisinage, les lettres du réceptacle de beauté se trouvant distinctes l’une de l’autre, la plus haute se porta vers le haut avec la voyelle « OU » et la plus basse s’enfila en répétant « OU »

Le derrière gros, se réclamant du secret des fils de Malik (4), elle possédait un objet spécifique plus subtil que son ventre. Sa partie supérieure était ornée par son nez et ses oreilles. Un chemin s’enfilait par sa partie basse . Il ressemblait au front d’un lion,

Y compris le nez, avalant la corne et ne se trouvant pas rassasié.

Puis je regardais vers l’arrière et j’aperçus soudain une croupe qui était plus lourde que toutes les autres et majestueusement gigantesque.

Je lui dis :

  • Ô femme qui possède un état excellent de conjugaison, qui passe à l’aoriste dans son irradiation et sa transition brusque vers la gazelle femelle et la gazelle mâle, que Dieu t’accorde un supplément de spécification, et de détache, pour te mettre en valeur, de la série des personnes qui t’envient. (…)

J’allongeai pour elle un instrument qui ressemblait à la particule d’invitation ou à une colonne surmontée d’une coupole. Elle se coucha avec facilité, rencontra l’instrument sans contestation dans la façon d’opérer, agissante et agie. Elle se mit à l’accusatif pour lui, bien qu’elle ne fut pas sujette à des distractions à son égard.

Je passai le même temps dans la situation d’un substantif régissant un génitif situation provoquée par mon instrument en rapport avec son kouss.(5) Le sexe dans son état d’entrée et dans son état de sortie restait dans l’allongement affecté de la voyelle « A » (6) et dans la restriction, pendant que les deux cuisses de la femme passaient au singulier, puis au duel, puis au pluriel, que la partie médiane de son corps s’élevait , s’écroulait, se vocalisait en « I » (7), se vocalisait en « OU » (8) , que sa partie chaude serrait les lèvres, puis les ouvrait, que l’instrument prenait le régime direct , assurait la liaison et ajoutait l’affixe pronominal, comme si c’était une personne ayant un trou au sommet de la tête, ou bien une particule conjonctive d’où s’écoulait goutte à goutte le sens indiqué auparavant, pendant que le balancement se faisait à un rythme égal et sous une forme de pluriel augmentatif , que les cils dans la minauderie se rejoignaient sous la forme de pluriel brisé , que l femme prononçait des mots bizarres et des mots classiques en donnant à sa vois des intonations douces , riait avec excès, sautait sous l’influence de sa particule conjonctive et se trouvait transportée de joie.

1- Souyoûtî (As) :

Jalâl Ad-Dîn Abd Ar-Rahmân Ibn Abî Bakr Ibn Mohammad Al-Khudayrî As-Souyoûtî. Né en 1445 au Caire, d’un père juriste, ce savant égyptien est connu pour son œuvre prolifique.
Juriste et enseignant, il fut un éminent savant Shâfi’ite, un théologien Ash’arite et un Soufi de renom.D’une façon générale, il rejeta le pouvoir des Mamelouks. Il connaît la disgrâce en 1501 et vit dès lors dans une retraite studieuse, jusqu’à sa mort en 1505.
Au cours d’une vie d’écrivain commencée à l’âge de dix-sept ans, soit en quarante-trois ans, Souyoûtî compose cinq cent soixante et un ouvrages, dont certains, il est vrai, sont fort courts, mais d’autres considérables. Ils couvrent l’exégèse coranique, le droit, la tradition (ḥadīth), la linguistique, l’histoire, les sciences, sans oublier la littérature à laquelle Suyūṭī s’essaya aussi.

2- René Rizqallah Khawam, né en 1917 à Alep, en Syrie, et mort à Paris le 22 mars 2004, est un traducteur français de textes arabes. Il a également publié un roman et des essais. Wikipédia

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  • Annexion : communément appelé « complément du nom », en Arabe, il est rendu par simple juxtaposition, sans aucun mot de liaison. (Voir al-Manhaj, page 50. Editions dilap.com)
  • Fondateur d’un rite juridique de l’Islam. Il mourut en 795.
  • Un des noms donnés au sexe de la femme.
  • Il s’agit de la lettre « alif » en forme de barre verticale.
  • Il s’agit de la lettre « yâ » : ي
  • Il s’agit de la lettre « wâw » : و

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