Insoumises. La preuve par le voile.

Insoumises.
La preuve par le voile.

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Par Asma Mechakra

Dépeinte en entité docile, amuïe (comme la Kuchuk Hanem de Flaubert dont la
représentation qu’elle est sensée faire de la femme orientale n’est autre que la projection
de l’auteur) , « celle-ci ne parle jamais pour elle-même, elle ne fait jamais montre de
ses émotions, de sa présence ou de son histoire »(1). Soumise, inaccessible, cloitrée
dans le harem et drapée de son voile, la femme « orientale » incarnait déjà la forme
la plus radicale de l’altérité.

Dans ses « Lettres persanes », Montesquieu joua un rôle
central dans l’élaboration du mythe de la femme voilée, en la posant comme l’explique
Madeleine Dobie, comme le marqueur de différentiation culturelle par excellence:
« Contrairement à la plupart des récits de voyage desquels Montesquieu
avait tiré des informations à propos de l’orient, il n’y a quasiment aucune tentative
de décrire les coutumes complexes des femmes du harem dans les Lettres persanes. Il
montre toutefois un attrait particulier pour le voile, la partie de l’habit Oriental la plus
associée à la différence et au mystère de l’orient » (2).
L’orientalisation de la femme musulmane est avant tout un produit fantasmatique
tout droit sorti de l’imaginaire masculin blanc qui a longtemps juxtaposé un symbolisme
érotique autour du voile. Les récits romanesques orientalistes masculins puis féminins
sont les précurseur du racisme épistémique qui persiste jusqu’à nos jours et l’origine
productrice du paradigme islamophobe de la femme-soumise à libérer. Quant au tandem
voile/soumission, il découle de la tradition chrétienne. Dans la Bible de Jérusalem,
Corinthiens 11:6-10 on peut lire:
« Si donc une femme ne met pas de voile, alors, qu’elle se coupe les cheveux!
Mais si c’est une honte pour une femme d’avoir les cheveux coupés ou tondus, qu’elle
mette un voile. L’homme, lui, ne doit pas se couvrir la tête, parce qu’il est l’image et la
gloire de Dieu; quant à la femme, elle est la gloire de l’homme. Ce n’est pas l’homme
en effet qui a été tiré de la femme, mais la femme de l’homme; et ce n’est pas l’homme,
bien sûr, qui a été créé pour la femme, mais la femme pour l’homme. Voilà pourquoi
la femme doit avoir sur la tête un signe de sujétion ».

C’est bien là que réside le péché originel des émancipateurs et émancipatrices européen(ne)s, qui à l’aune de leur culture, assimilent la religion musulmane au christianisme et imposent leurs standards.

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Insoumission, p. 87

(1)  E. Said, 2015.

(2) Madeleine Dobie, ‘Foreign Bodies: Gender, Language and Culture in French Orientalism’. Stanford, CA: Stanford University Press, 2001

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Insoumission

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