Grands poètes arabes de la période pré-islamique

الأدب العربي في عصر الجاهلية  وكبارالشعراء

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Dans ce dossier, nous proposons un panorama le plus complet possible de la littérature arabe pour les non-initiés. Il s’agit de faire découvrir la littérature arabe sous ses multiples facettes à nos nombreux visiteurs, attirés d’abord par l’aspect « apprentissage de l’arabe » qui est notre spécificité. Bien entendu, cette présentation de l’immense patrimoine littéraire arabe ne saurait prétendre à l’exhaustivité, et nous laisserons certainement de côté quelques grandes œuvres ou auteurs ; ce que des érudits exigeants pourraient nous reprocher.

Ce volet est entièrement consacré aux grands poètes arabes de la période pré-islamique.

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Les Mu’allaqât المعلقات

Les Mu’allaqāt, les Suspendues ou les Pendentifs, sont un ensemble de pièces de poésie jugées exemplaires par les poètes et les critiques arabes médiévaux. Les Mu’allaqât constituent la plus célèbre des anthologies de la poésie antéislamique. Elles occupent une place centrale dans la littérature arabe, où elles représentent les pièces les plus excellentes d’une poésie qui fournit à l’époque classique ses genres majeurs, ses valeurs et ses thèmes paradigmatiques.

 L’interprétation la plus ancienne et la plus populaire, apparue au ixe siècle, veut que ces odes aient été jugées si excellentes qu’elles auraient été brodées en lettres d’or puis suspendues à la kaaba. Plus vraisemblablement, le terme renverrait aux colliers ou aux « parures » : la comparaison de la bonne poésie à un collier fait de perles « bien enfilées » (ou à un tissu léger) est en effet un lieu commun dans la littérature arabe antéislamique.

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Labîd bnu Rabî’a

(de 560 à 661 après J.-C) Labîd appartenait à la tribu des Beni’Amir ben Sa’sa’a ; il est décrit comme un guerrier valeureux et généreux, défenseur des siens. Ses textes mettent en scène de nombreuses batailles. Ses talents de poète lui servent également à la diplomatie : proche des ghassanides, il put cependant éviter que le roi lakhmide en place, d’abord favorable aux Beni Asad, ne prenne parti contre eux. Lui et les siens se convertirent à l’islam vers 629 ; il renonça alors à la poésie. Il se serait éteint à Koufa, âgé de plus de cent ans. Voici, dans sa mu’allaqa deux petits extraits traduits par Pierre Larcher qui montrent l’importance qu’il accorde à la tribu (v. 81-82) :

Chaque peuple a sa loi et, pour sa loi, un guide !

Ils ne sont pas flétris ni leur geste abolie

Leur patience, avec la passion, ne fléchit pas!

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Antara bnu shaddâd
Antar (Antara bnu Shaddâd al-‘Absî  (de 525 à 615 après J-C )

fut un poète arabe pré-islamique du VIe siècle, fils de Chaddâd, seigneur de la tribu des Beni ‘Abs.

Antar est né d’une servante abyssinienne, ce qui lui valu un mépris auquel il ne put échapper que quand son père lui demanda de participer à une contre-attaque sur des tribus qui avaient attaqué les Beni ‘Abs. Il montra beaucoup de bravoure et de générosité, ce qui lui permis, entre autre, de pouvoir séduire Abla, sa cousine, dont le cœur lui avait été longtemps refusé à cause de ses origines.

Une grande partie de sa mu’allaqa décrit son comportement au combat ; Antar devait participer à de nombreuses batailles, notamment à celles de la guerre de Dahis et El Ghabra, née d’un litige entre deux tribus. Antar périt en 615, assassiné.

Il nous reste de son œuvre de courtes stances lyriques, réunies dans le Divan d’Antar, et il est l’auteur reconnu d’une des sept Mu’allakât, , qui se compose de 75 vers du mètre Kâmil.

Ce personnage, notable par son esprit chevaleresque et sa bravoure, se retrouve dans un roman de chevalerie du Xe siècle, Le Roman d’Antar, et dans la symphonie No. 2 de Rimski-Korsakov.

Ses aventures ont fait le sujet du Roman d’Antar, épopée chevaleresque écrite dans un arabe très pur, et qui a joui en Orient, et particulièrement en Syrie, d’une renommée égale à celle des Mille et Une Nuits. Il constitue un monument précieux sur les temps anté-islamiques. Son auteur serait, d’après l’historien Ibn-abi-Oçaibyya, le médecin Aboul-Moyyed-Mohammed-Ibn-el-Modjeli, qui vivait au XIIe siècle. Mais il semblerait que le texte actuel ne soit que la recension et la transcription de nombreuses traditions orales.

Voici quelques descriptions tirées de la traduction de Pierre Larcher (v. 53-58) :

Tel, cuirassé d’une cotte, dont mon sabre a

Lacéré les mailles gardiennes, homme insigne,

Mains agiles au jeu du sort, quand vient l’hiver,

Tombeur d’enseignes de marchand de vin, scandaleux,

Quand il me vit, je descendis à sa rencontre;

Il découvrit ses dents : ce n’était pas sourire.

Je l’ai percé de ma lance puis terrassé

D’un sabre indien, fait d’acier pur, tranchant vite.

Ma rencontre avec lui : tout le jour. On eût dit

Que sa tête et ses doigts étaient teints au pastel.

Héros dont les habits iraient à un grand arbre,

Chaussé des sandales d’une peau, sans jumeau !

(…)

  • Voici un extrait des “Fragments du Poème d’Antar” dans le Voyage en Orient de Lamartine :
  • Par le Tout-Puissant qui a créé les sept cieux et qui connaît l’avenir, je ne cesserai de combattre jusqu’à la destruction de mon ennemi, moi, le lion de la terre, toujours prêt à la guerre.
  • Mon refuge est dans la poussière du champ de bataille.
  • J’ai fait fuir les guerriers ennemis, en jetant à terre le cadavre de leur chef.
  • Voyez son sang qui découle de mon sabre.
  • O Beni-Abbes ! préparez vos triomphes et glorifiez-vous d’un nègre qui a un trône dans les cieux.
  • Demandez mon nom aux sabres et aux lances, ils vous diront que je m’appelle Antar.

Imru al- Qays

Imru al- Qays (de 500 à 540 environ)
est le poète le plus connu de l’époque de la Jâhiliyya. C’est à la fois un grand poète arabe, que l’on dit avoir inventé la qasîda, et le fils de Houjr el-Kindi, dernier roi du royaume de Kinda. Il compose des poèmes dès son plus jeune âge, mais le ton de ses textes irrite son père, qui le chasse. Durant cet exil, son père est assassiné par les Beni Asad. Imrou al- Qays parvient à le venger, mais doit se réfugier chez le chef de la tribu des Iyyad. Commence alors une vie d’errance et de mendicité, qui lui vaut le surnom d’El Malik ed-Dillil (” Le roi toujours errant “). Il séjourne aussi à Byzance, auprès de Justinien le Grand, sûrement dans le but d’obtenir un soutien pour restaurer le royaume. Mais, arrivé à Anqara, il meurt d’une espèce de variole ; il aurait été empoisonné par une tunique de laine tissée d’or envoyée par Justinien, soit parce que sa fille était tombée amoureuse du poète, soit parce que l’empereur redoutait une traîtrise après avoir accordé son aide.
مختارات لإمرؤ القيس
Le poème inclus dans la Mu’allaqâ, traduit par Jacques Berque, finit ainsi, sur une scène d’orage :
Le mont Thabîr, quand le toucha le mufle de l’averse eut un air de seigneur qui se drape dans son manteau rayé Pareille demain matin sera la cime du Mujaymar à la rotation d’un fuseau et pareils à des bulbes d’oignons sauvages les lions noyés cette nuit dans les aires lointaines seront projetés dans le désert de Ghabît’ Comme un marchand du Yémen décharge sa pacotille.
 
 

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