Ville arabe (1) – Préambule

المدينة العربية

Cela fait toujours rêver
                                                                                                                                    Nizwa, ancienne capitale du sultanat d’Oman*
Jâma’ al-Fna, Maroc *

D’emblée cela fait rêver.  Cela réveille pêle-mêle aussi bien des rêves d’exotisme que des désirs nostalgiques pour certains ou le simple désir de découverte et d’aventures pour d’autres. En tous les cas , l’évocation  même des mots « ville » et « arabe » ne laisse pas indifférent.

Oui, la ville arabe fait rêver : ses souks, ses ruelles étroites, son brouhaha, ses couleurs, ses populations bigarrées, ses femmes, certaines voilées, d’autres non, où le visiteur non averti découvre que la plupart des habitants de la cité qu’il visite parlent non seulement l’arabe, mais aussi bien le français et l’anglais ! Et souvent, bien d’autres langues… Que les produits manufacturés et les moyens de communication dont il a coutume sont omniprésents, voir banalisés, à côtés de merveilles de productions locales et artisanales qui remontent parfois à des siècles de tradition.

Jâma’ al-Fna, souk*

Alep – Citadelle

           

Pourtant, l’expression « ville arabe » a en soi quelque chose d’équivoque. Parle-t-on des villes strictement arabes d’Arabie et par extension celles du Croissant Fertile nées avant l’Islam ? Ou bien de celles créées par les arabes au fil des conquêtes de l’Islam surtout au premier siècle de l’expansion islamique ? Oui bien faut-il englober toutes celles –fort nombreuses- qui ont préexisté à l’arrivée des armées arabo-musulmanes et qui ont de surcroit souvent gardé leurs noms anciens (phéniciens, romains, persans, berbères, hindis..) juste un peu arabisés ? Ce qui nous amènerait à envisager une vision géographique beaucoup plus étendue que l’actuel espace urbain du « monde arabe » tel que délimité actuellement.

Influences coloniales

Oran, Algérie: cathédrale**
Enfin, faut-il y inclure les nombreux villages et villes édifiés pendant la colonisation et qui souvent gardent bien des stigmates architecturaux et urbanistiques ?

 

Oran: monument colonial**

Force est de constater qu’actuellement, pratiquement toutes les villes, petites et grandes et même les bourgades (قُرى) nées avant l’Islam ou intégrées après les conquêtes (فتوحات) portent, vaille que vaille la marque de la culture arabo-musulmane et ce aussi bien en Afrique qu’en extrême orient, jusqu’aux confins de l’Indonésie. Sur le plan de l’architecture mais aussi de « l’ordonnancement urbain » , (agencement savant des quartiers, rues, résidences, lieux de cultes, administrations …), l’organisation du « vivre-ensemble » jusqu’aux  détails : décorations, mobilier, costumes, postures publiques …

Le Coran, pierre angulaire de l’architecture arabo-musulmane

Au fur et à mesure de nos lectures et de nos recherches pour cet article nous avons découvert que non seulement l’Islam était le ciment qui reliait des villes aussi disparates et éloignées géographiquement les unes des autres, mais aussi que le coran était la pierre angulaire qui a toujours inspiré les architectes et urbanistes toute génération confondue dans l’édification des merveilles qui nous sont parvenues ou encore en chantier.

Jardin privé, maison de bédouin. Oman*

Aussi, il nous a paru juste et intéressant de voir la part d’influence qu’a eu le texte sacré sur l’imagination des créateurs et l’impact direct et perceptible ou non sur l’organisation de la cité et la vie des gens au quotidien.

Il en ressort que l’image du paradis tel que promis dans le texte sacré (de nombreux versets lui sont consacrés) est indéniablement le fil conducteur pour la majorité des architectes et urbanistes qui y puisent l’essentiel de leur inspiration.

Les images que nous vous proposons réalisées le plus souvent par des amateurs, donc sans intentions idéologiques prouvent s’il en est besoin que ces préoccupations ont été toujours présentes dans l’esprit des architectes et urbanistes arabo- musulmans dès l’aube de l’Islam, fortement inspirés et encouragés par le texte sacré lui-même.

Entre tradition et modernité

De nos jours, il est devenu banal d’entendre parler, concernant la ville, de préoccupations écologiques, de cadre de vie, de mobilier urbain adapté ou non, de lieux de loisirs intégrés, de résistance, voir de luttes contre le gigantisme urbanistique, la « bétonisation » à outrance et l’édification de tours qui rivalisent entre elles en hauteur à l’infini.

Mosquée Qabous, Oman*

Tous ces spécialistes avant la lettre ainsi que les souverains successifs qui les ont engagés, encouragés et financés ont bien évidemment mis à contribution et intégré, adapté les nouvelles données disponibles dans le nouvel empire en gestation (techniques, matériaux nouveaux, conditions climatiques, exigences des populations nouvellement converties, équilibres entre exigences urbanistiques et mode de vie conformément aux cultes).

Emirats Arabes Unis

Le défile: site de Petra, Jordanie*

 

         

Tout ceci nous amène à la conclusion que les défis auxquels étaient confrontés les bâtisseurs arabo-musulmans sont toujours d’actualité : – Sur quelles bases créer une nouvelle ville ex nihilo qui conviennent à ses habitants dans tous les domaines et qui puisse satisfaire à la fois la population et l’autorité destinée à la gérer ? – Comment s’installer dans ce qui existe déjà, sans le dénaturer, tout en y apportant un cachet nouveau ? – Comment relever les défis auxquels toute ville est confrontée : expansion, développement maîtrisé, démographie, adaptation aux exigences contemporaines et modernisation incontournable, garder un cachet, une personnalité par rapport aux autres villes rivales proches ou lointaines ? Enfin, pour les pays arabes et l’ensemble du tiers-monde et des pays dits émergents, comment répondre à l’exode rurale, le problème de l’entassement de populations entières dans des bidonvilles à la périphérie des grandes agglomérations ?

L’Egypte passe le cap de 100 million d’habitants

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Mahfoud Boudaakkar – 2017

Photographies :

* Smaïl Chafaï

**Ali Bouchemla

Dilap 2017. Toute reproduction ou citation interdite sans l’accord de l’éditeur

 
 

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