Apprendre l’arabe: définitions pour bien choisir

 

Arabe littéral, moderne, classique, littéraire, dialectal, oriental, maghrébin, langue intermédiaire… Comment s’y retrouver ?

Quelques définitions pour vous guider et vous aider à faire le bon choix.

_________________________________

Arabe classique :

Cette appellation désigne la langue arabe dans sa forme la plus classique et la plus ancienne. Cela concerne essentiellement tout le patrimoine culturel médiéval parvenu par écrit : le texte coranique bien sûr, mais aussi la poésie ancienne, les sommes de traités théologiques et/ou philosophiques, scientifiques, historiques, littéraires, etc…

Arabe littéraire :

Cette appellation n’est qu’une variante de la précédente, elle est cependant plus utilisée pour désigner les formations en langue arabe à fort contenu littéraire, dans les cursus universitaires et scolaires, par exemple…

Arabe littéral :

Plus subtile, plus ciblée, cette appellation désigne « l’arabe contemporain » en y incluant aussi bien sa dimension écrite au sens moderne du terme (littérature , médias, administrations, environnement), que sa dimension orale en tant que langue de travail et d’échanges internationaux. Très étroitement lié à l’arabe dit classique ou littéraire du point de vue des structures et du vocabulaire, l’arabe littéral ne diffère en fait que par ses contenus plus en phase avec la modernité.

Arabe littéral moderne :

On rajoute l’adjectif « moderne » pour mieux souligner la différence avec l’arabe littéraire ou classique !

Arabe dialectal :

Très schématiquement, disons que l’arabe dialectal est une forme extrêmement simplifiée de l’Arabe classique ou littéral : c’est la langue parlée de tous les jours qui ne s’embarrasse pas de toutes les règles rigides de la langue écrite et savante et qui évolue un peu à sa guise en fonction de l’époque et des besoins de communication. On distingue traditionnellement deux grands « blocs » de dialectes : le bloc oriental (pays du Moyen-Orient) et le bloc maghrébin (Maurétanie, Maroc, Algérie, Tunisie, Libye). A l’intérieur d’un même bloc, il existe des parlers « nationaux », mais de très nombreuses passerelles existent et les gens se comprennent parfaitement moyennant quelques accommodements. La communication naturelle, spontanée, est un peu plus compliquée entre locuteurs des deux blocs : on a alors recours à « l’arabe littéral» ou à ce qu’on appelle aujourd’hui «l’arabe intermédiaire».

Arabe intermédiaire ou langue intermédiaire :

En simplifiant à l’extrême, disons que ce que l’on appelle l’arabe intermédiaire est une langue qui se situe entre le littéral et le dialectal. Un locuteur lettré (connaissant l’arabe littéral) va, pour être sûr de se faire comprendre par des interlocuteurs qui ne parlent pas le même dialecte que lui, utiliser un mélange de structures dialectales et littérales et prendre soin d’utiliser un lexique abondamment puisé dans le littéral, connu par tous…

L’Arabe littéral ou fusha

Si la langue française , imposante (dans sa phase impériale) et imposée avec force moyens connaît de tels « fractures » dans l’usage quotidiens, qu’en est-il de la langue arabe avec son phénomène de pluriglossie assez marqué par rapport aux autres grandes langues ? (Voir notre article enseigner la langue arabe) . Une autre particularité de la langue arabe, réside dans son essence liturgique, hiératique, qui dépasse de loin l’espace du monde arabe et déborde largement sur l’immense monde musulman avec notamment l’Asie Mineure et l’Indonésie, sans compter la Chine qui se réveille avec ses centaines de millions de Chinois musulmans… Langue de foi et de soumission à Dieu (c’est le sens originel du mot islam), la langue du Coran est aussi celle d’un imaginaire collectif spécifique au vaste monde arabo-musulman.

Clivage Arabe « classique » et Arabe « littéral »

Dès le début des conquêtes, la langue arabe, portée essentiellement par le texte coranique a eu à se battre sur au moins deux fronts pour pouvoir s’imposer comme langue « officielle » du nouvel ordre qui allait s’installer d’une part, d’autre part, contre les grandes langues déjà installées dans les nouveaux territoires conquis (essentiellement le Latin et le Persan) beaucoup plus en avance sur tous les plans , du faits de supports écrits stables : sciences, techniques de production, culture, administration , commerce, … D’autre part, elle devait se substituer aux différents parlers locaux qui ne répondaient pas aux canons linguistiques du Latin et du Persan en vigueur à l’époque.

Cette réalité socio-linguistique originale devait déboucher inévitablement : sur le triomphe progressif de l’arabe « classique » sur les deux langues rivales, notamment lorsque la nouvelle puissance (califale), a réussit à imposer une vulgate coranique unique , en perfectionnant au passage ce socle fondamental nécessaire à toute nouvelle civilisation qu’est le support écrit (surtout concernant le message divin). Peu à peu, le nouvel empire, qui avait fonctionné –nécessité oblige- en s’appuyant sur les langues dominantes, a réussi à imposer la langue arabe au moins comme langue d’administration officielle et donc de communication, ou du moins au niveau des nouvelles élites dirigeantes intéressées et directement impliquées dans l’exercice du pouvoir. Plus difficile en revanche d’arabiser les classes populaires des différentes contrées où l’Islam paradoxalement s’imposait avec une rapidité étonnante que les plus éminents historiens, même de nos jours peinent à expliquer.

 
 
 
 

(111)