Enseigner l’arabe avec des supports audio-visuels

L’audio-visuel dans l’apprentissage des langues étrangères

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Puisque dans la majorité des milieux spécialisés dans l’enseignement des langues étrangères (chercheurs et enseignants) il est admis quasi unanimement qu’une langue est d’abord un moyen de communication et que désormais , il faut donner à la pratique de l’oral sinon la priorité, du moins la place qui lui convient, il est indéniable que l’utilisation des moyens audio-visuels, aujourd’hui très développés et « démocratisés » permet des progrès notables, aussi bien en ce qui concerne l’audition-compréhension instantanée qu’au niveau de l’expression en diverse situations de communication, même celles qui adviennent à l’improviste.

L’utilisation d’images aide les apprenants qui ont une mémoire visuelle à mémoriser le vocabulaire, et grâce aux avancées technologiques importantes, par exemple les technologies assistées par ordinateur peuvent remplacer efficacement et en mieux les vieux procédés.

L’apparition du FLE (Français Langue  Etrangère)

À la suite de décolonisation la France se trouvait obligée de lutter contre l’expansion de l’anglais comme langue de communication internationale et cherchait à retrouver son rayonnement culturel et linguistique dès le début des années 1950. Des équipes de recherches, constituées de linguistes, de littéraires et de pédagogues, s’activent en France et à l’étranger pour trouver les meilleurs outils pour diffuser le FLE (Français Langue Etrangère) destiné à maintenir la place de la langue française et à favoriser son développement dans les pays non francophone (URSS, aujourd’hui Russie, Chine, Japon etc…). Le plan de travail est fignolé par le ministère de l’Éducation qui en fait une affaire d’État. L’objectif à atteindre est la facilitation de l’apprentissage et la diffusion générale de la langue. Aujourd’hui, le FLE est aussi proposé dans le système scolaire français aux élèves dits primo-arrivants ( ceux qui viennent s’inscrire en cours d’année après avoir rejoint leurs parents résidant en France). Parmi ces élèves, il y a ceux qui viennent de pays anciennement colonisés et donc parlant peu ou prou le français et ceux qui viennent de pays non francophones et qui ignorent tout ou presque de la langue et de la culture françaises.

Les méthodes dites SGAV

C’est au milieu des années 1950 que Petar Guberina de l’Université de Zagreb donne les premières formulations théoriques de la méthode SGAV (structuro-globale audio-visuelle). Méthode basée sur l’utilisation des moyens audio-visuells de l’époque, c’est à dire généralement des images sur diapositives avec des images fixes, accompagnées du son enregistré sur des magnétophones à bandes (son analogique). La méthodologie audiovisuelle (MAV) domine en France dans les années 1960-1970. . En effet, les méthodes audiovisuelles , privilégiant l’oral proposaient en image des « situations de communication » proches du réel privilégiant la situation d’énonciation et les composantes non linguistiques comme les gestes, les attitudes, les rapports affectifs etc. Le défaut fondamental (et qui leur fut fatal), est que dans l’ensemble , ces méthode négligeaient voir bannissaient carrément la traduction, l’analyse et la grammaire: la compréhension devant se faire automatiquement grâce aux situations de communication accompagnées par le son. L’argument donné est que l’enfant apprend sa langue maternelle « en situation » sans que les parents interviennent pour leur expliquer les structures de phrases et bien sûr sans traduction, puisque l’enfant est confronté à sa propre langue maternelle!

 L’erreur a été d’oublier ou de ne pas voir que ce type d’enseignement s’adressait d’abord à des adultes qui avaient déjà la maîtrise de leur langue d’origine. Par ailleurs, il e t artificiel et quasi impossible d’interdire à un adulte d’essayer de traduire dans propre langue ce qu’il entend! Ni d’analyser, de comparer et d’effectuer des rapprochements, ce qui lui permet de vérifier sa compréhension et de mieux distinguer les subtilités et les différences entre sa langue maternelle et la langue étrangère qu’il apprend. Ce travail, n’en déplaise aux premiers théoriciens des méthodes structuro-globale est rentable et ne gêne en rien l’apprentissage, bien au contraire…

Les méthodes SGAV furent d’ailleurs peu à peu abandonnées parce que trop contraignantes sur le plan des équipements mais aussi sur celui de l’effort demandé, contraire à la nature humaine d’un adulte.

Comment sélectionner un document audiovisuel?

Contrairement à certaines idées reçues, tout document audiovisuel peut être utilisé en classe de langue. Cela dépend du but pédagogique recherché et de l’organisation (démarche pédagogique), et bien sûr du niveau de la classe et de l’âge des élèves. En effet, ce n’est pas tant le degré de difficulté linguistique du document qui importe que la complexité de la tâche que l’on demande à l’apprenant.

Mais quels sont les critères à  prendre en considération lorsque l’on choisit un document audiovisuel ? Tout d’abord, il faut éviter de proposer un document « à froid », sans lien avec les thèmes en études ou à venir. Le document devrait avoir une relation directe à la leçon donnée, il vient l’enrichir, la compléter, la « matérialiser » et ne pas faire figure de simple divertissement comme c’est trop souvent le cas. Ensuite, la thématique choisie doit intéresser les apprenants et être actuelle.

Enfin, le format du document importe : le document ou l’extrait est-il suffisamment court ? Les images ou le paysage sonore facilitent-ils l’accès au sens ? Si vous choisissez un extrait, celui-ci est-il encore compréhensible sorti de son contexte ?

Les étapes clés

Ce type d’activités doit être mené selon un scénario pédagogique cohérent afin de permettre une meilleure compréhension et exploitation du document choisi. L

  1.  Il faut procéder à une activité de « mise en route » : fixation des prérequis linguistiques ou grammaticaux afin de faciliter l’écoute du document.
  2. Nature du document : analyse du genre médiatique du document exploité.
  3. Compréhension globale : questions générales qui permettent de dégager le sens général du document. Cette étape permet à la fois de vérifier la qualité du document proposé (thème, images, mise en scène, dialogue ou commentaires en voix « off », ainsi que la réceptivité du message par les élèves: parfois, quand cela est bien fait, les images « parlent d’elles-mêmes »! A cette étape, il s’agit de vérifier la compréhension globale et en même temps de voir si le sujet intéresse et si les élèves ont déjà une idée ou quelques connaissance quant au thème abordé.
  4. Compréhension affinée : poser des questions spécifiques préalablement préparées qui amènent peu à peu à une compréhension plus précise du document.
  5. Travail sur la langue : recenser avec les élèves structures langagières nouvelles et préparation du travail de production orale ou écrites en analysant les structures langagières découvertes.

L’audio-visuel appliqué à l’enseignement de la langue arabe

 Un exemple de document télévisuel

Télévision tunisienne: campagne d’hygiène et de propreté

Les campagnes gouvernementales télévisées, conçues pour frapper les esprits et convaincre le plus grand nombre, ressemblent à celles que l’on voit sur les chaînes de télévision européennes. Mais ce ne sont pas des campagnes « internationales » standard traduites dans toutes les langues. Fabriquées dans un pays arabe pour les téléspectateurs de ce pays, elles méritent d’être analysées pour leur contenu linguistique comme pour leur contenu «culturel ». Par ailleurs, l’étude de tels documents concourt largement à la formation du sens critique des élèves. Il s’agit d’un message diffusé actuellement dans le cadre d’une campagne gouvernementale de sensibilisation sur la propreté et la préservation de l’environnement sur la chaîne de télévision tunisienne T7 (reçue en France par satellite). Ce document donne lieu à une exploitation orale en classe. Les élèves doivent avoir un niveau suffisamment avancé pour pouvoir, moyennant une aide lexicale, commenter, analyser la séquence voire aller au-delà du slogan qui couronne ce film et qui représente à lui seul tout un «programme» d’activités orales tant du point de vue de la forme (un adage inversé, inachevé et décliné en dialectal) que du point de vue du contenu, puisqu’il touche à un point sensible : la propreté et le civisme. Remarque: le film est muet, sauf à la fin avec l’apparition du slogan écrit, lu par une voix « off ». Le scénario permet de découper la séquence en 3 parties :

Tunisie: campagne nationale de propreté

1re PARTIE : À L’INTÉRIEUR

Le cadre : un appartement moderne, assez confortable, un couple de la classe moyenne avec une petite fille. L’intérieur est d’une propreté impeccable. La famille s’apprête à quitter les lieux dans la précipitation. – La femme nettoie de façon maniaque tout sur son passage : poignée de porte, table basse, table de cuisine… – La petite fille embrasse sa mère avant de sortir. – Le mari est dans la salle de bains, il se regarde dans la glace, époussette son épaule ; il souffle sur la glace et la nettoie. – Dans la cuisine il aide sa femme à nettoyer la table. Elle passe un chiffon sur le réfrigérateur et le four. – Le mari sort un sac de plastique de la poubelle, l’épouse jette quelques détritus dans un couffin.

2e PARTIE : À L’EXTÉRIEUR

– Toujours pris par le temps, le couple se dirige vers la voiture. – L’homme jette son sac de plastique sur le trottoir, à côté de la poubelle prévue à cet effet. – La femme vide son couffin sur le trottoir. – L’homme secoue le tapis de la voiture sur le trottoir. – Le couple s’installe dans la voiture. – La femme vide le cendrier à même le sol. – Ils nettoient le volant, la vitre (de l’intérieur). La femme jette son chiffon (mouchoir de papier ?) par la fenêtre…

Tunise: campagne Nadhef blâdek (Nettoie ton pays)

3e PARTIE: CONCLUSION

– La petite fille rentre de l’école, la rue est jonchée de détritus. – Un coup de vent soulève les détritus. – La petite fille s’engouffre dans la porte qui donne sur un jardin, les détritus voltigent au-dessus de sa tête. – Slogan :

AIDE LEXICALE

Le film permet d’exprimer tous les non-dits et de faire un travail de reconstitution du script en arabe. Il s’agit de reconstruire le scénario, scène par scène, en insistant sur les détails pertinents. Cela peut se faire par le jeu des questions-réponses, à condition de revoir n’importe quel passage du film à tout moment ou même de faire des arrêts sur image. Les élèves ont besoin d’un vocabulaire lié à la situation, qui pourrait leur être distribué sous forme d’un lexique bilingue .

EXPLOITATION DE LA 3e PARTIE

Cette dernière partie est la plus courte et la plus ardue: il s’agit non plus d’un travail descriptif auquel les élèves sont habitués, mais d’un travail d’analyse qui rend explicite le contenu du message publicitaire et permet d’en débattre. À commencer par le choix du slogan: il s’agit d’un adage fort répandu au Maghreb mais que les concepteurs du spot ont volontairement inversé. À l’origine, il s’agit de (version algérienne):

Variante :

Variante égyptienne : Ce dicton se dit à propos des gens qui s’occupent de leurs apparences au détriment de la beauté intérieure et surtout de l’hygiène qui doit primer sur toute autre considération. Autres temps, autres mœurs : la société a évolué et les apparences priment désormais sur la propreté intérieure. C’est le monde à l’envers, ce qui mène à la perte de tout civisme. La première démarche consisterait à reconstituer l’adage original, en le reformulant en arabe standard, puis de compléter le slogan proposé par le message publicitaire. Une première activité consisterait à discuter du sens à donner à la formule originale. Dans un deuxième temps, il s’agit de voir ce que recouvre le retournement de la formule. Enfin, et dans la mesure du possible, voir pourquoi on est passé d’une vision du monde à une autre et d’un type de comportement à un autre. Cette dernière partie nécessite évidemment l’apport d’un vocabulaire spécifique à déterminer selon l’intérêt des élèves et les pistes qu’ils souhaitent explorer.

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