L’Arabe, une langue difficile ?

Et le Français, alors ?

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LA FONTAINE *

Le Corbeau et le Renard … En Ancien Français !

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MAiſtre Corbeau ſur un arbre perché,

Tenoit en ſon bec un fromage.

Maiſtre Renard par l’odeur alleché

Luy tint à peu prés ce langage :

Et bon jour, Monſieur du Corbeau.

Que vous eſtes joly ! que vous me ſemblez beau !

Sans mentir, ſi voſtre ramage Se rapporte à voſtre plumage,

Vous eſtes le Phenix des hoſtes de ces bois.

A ces mots le Corbeau ne ſe ſent pas de joye :

Et pour monſtrer ſa belle voix,

Il ouvre un large bec, laiſſe tomber ſa proye.

Le Renard s’en ſaiſit, et dit :

Mon bon Monſieur, Apprenez que tout flateur

Vit aux dépens de celuy qui l’écoute.

Cette leçon vaut bien un fromage ſans doute.

Le Corbeau honteux et confus jura, mais un peu tard, qu’on ne l’y prendroit plus. 

Vous vous -y retrouvez, vous ?

Eh oui ! Il y a bien un Français ancien (médiéval) et un Français moderne Tout comme il y a un Arabe Classique et un arabe moderne …

Mais rassurez-vous, l’Arabe moderne est beaucoup plus abordable ! L’arabe dit « classique » aussi. Pour cause: l’horthographe a très peu changé!

La Fontaine s’est beaucoup inspiré du livre Kalila et Dimna de Ibn al-Muqaffa’:

Abdallah Ibn al-Muqaffa ( عبد الله بن المقفع) est un secrétaire de l’administration omeyyade, puis abbasside célèbre littérateur perse et premier grand prosateur de langue arabe. Il naît vers 720 à Gour (actuelle Firuzabâd), en Iran. Il se convertit à l’islam à l’âge adulte et meurt à 36 ans, en 756 à Basra, exécuté sur l’ordre ducalife al-Mansour.

Ibn al-Muqaffa est considéré comme le père de la littérature d’adab et de la prose arabe. Il est aussi l’un des premiers traducteurs d’œuvres persannes et indiennes vers l’arabe. Ses principaux ouvrages sont le Grand Adab (Al-Adab al-kabîr), et Kalila wa Dimna, traduction et adaptation des Fables de Bidpaï, dont l’introduction expose certains des traits caractéristiques de l’adab.
 
Faire parler et agir les animaux pour donner des leçons à la société

Mais quel est le contenu de cet ouvrage devenu un fleuron dans la littérature arabe classique ?

Et surtout qu’y a-t-il de si important pour que La Fontaine (et bien d’autres) s’y intéresse et s’en inspire ?

    Composé à l’origine en sanskrit probablement dès le IIIe siècle av. J.-C., Kalila wa-Dimna (Kalila et Dimna) est un recueil de fables  d’origine indienne. Ces fables furent ensuite traduites en arabe au VIIIe siècle par Ibn al-Muqaffa’. À ce jour, la traduction d’al-Muqaffa’ est considérée comme un chef-d’œuvre inégalable de prose artistique arabe.

Un grand nombre de traductions en langues européennes et orientales réalisées entre le Xe et le XIVe siècle s’inspirent de cette version.

cette version marque le point de départ de l’exceptionnelle diffusion du texte, en Orient (persan, turc, mongol…) comme en Occident (grec, hébreu, latin, allemand, français…) Les différentes traductions issues de l’arabe permettent au récit de voyager et de se métamorphoser au fil des siècles et des cultures.

Il faut signaler qu’il n’y a pas que La Fontaine qui s’en est inspiré. Goethe également y a trouvé son inspiration pour son livre Reinecke Fuch, Roman de Renart.

   Kalila wa-Dimna est une sorte de miroir pour les princes. Des récits sur  la vie sociale au sein du peuple et dans l’entourage des princes sont expliqués à partir d’histoires tirées du monde animal.

Le manuscrit de ce chef-d’œuvre date du XIVe siècle. Produit certainement en Egypte vers 1310. Le manuscrit contient 73 miniatures d’une grande qualité ; les textes en arabe illustrés étant relativement rares.

  Les « personnages principaux », Kalila et Dimna sont deux chacals vivant à la cour du lion, roi du pays. Kalila est assez satisfait de sa condition, Dimna par contre, ambitieux cherche les honneurs, quels que soient les moyens pour y parvenir. Chacun des deux justifie sa position en racontant des anecdotes, qui mettent en scène des hommes et des animaux, et délivrent des préceptes et des morales.

  Donner la parole aux animaux permet, sous une forme divertissante, de traiter des sujets universels tels que l’amitié, la trahison, le rôle du savoir ou encore celui de  la justice. Les histoires visent également à réguler les rapports sociaux en enseignant les règles de bonne conduite de l’individu sur le plan personnel, familial et en société.

 
 
 

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