Sunna, hadiths et vie du prophète Mohammed

السنّة والأحاديث النبوية الشريفة

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La biographie du Prophète

Dans l’Islam Sunnite, on considère que la vie de Mohammed s’est déroulée sous une sorte de « lumière divine », sacrée qui rend ses comportements et ses dires tout aussi sacrés que la révélation elle-même . Le prophète jouissait d’un « état prophétique » permanent. C’est dire l’importance accordée à ses faits et gestes et leurs influences sur la vie quotidienne du musulman.

Or, il se trouve Qu’à l’époque du Prophète et au regard du relatif isolement géographique de la péninsule arabique , le peu de documents ou de vestiges qui nous sont parvenus, on ne peut affirmer avec certitude ce que fut la vie du Prophète. Les historiens, les sociologues, musulmans  ou non peuvent décrire globalement, l’organisation sociale de l’Arabie en tribus,, les relations pacifiques ou non qu’elles entretenaient entre elles. Ils rapportent avec assez d’exactitude le rôle de la Mecque en tant que lieu de passage des caravanes venant du sud et allant vers les pays du « Croissant Fertile »; le rôle qu’elle occupait aussi en tant que « capitale » commerciale, abritant l’une des tribus les plus riches et les plus puissantes d’Arabie: la tribu des Qoréich dont est issu le Prophète lui-même. La figure traditionnelle de Mahomet et le récit de sa vie tes que transmis par les traditions religieuses musulmanes ont commencé à être remis en question en Occident à partir du XXe siècle grâce aux apports de la méthode historico-critique qui met en lumière plusieurs  » zones d’ombre » dans la biographie de Mohammed. À l’inverse,  pour l’islam officiel, il n’est pas question de douter de ces sources, authentifiées aux yeux du croyant par la tradition orale et la moralité des transmetteurs. Une chose est établie, reconnue par les historiens musulmans eux-mêmes: les sources islamiques ont été créées longtemps après les faits relatés et aucune description de la vie du Prophète – excepté le Coran – ne donne d’information biographique  datant du premier siècle de l’islam. En contradiction avec certaines traditions musulmanes, il existe un consensus sur l’absence de transmission écrite, autre que le Coran, avant le IIe siècle. La tradition orale est quant à elle considérée comme « rarement fiable au-delà d’une ou deux générations », d’autant plus dans le cas de changements sociaux, politiques et religieux importants La méthode de l’isnâd ou chaîne de transmission Comment a-t-on procédé pour reconstituer la vie du Prophète, si longtemps après sa mort et celle de ses proches Compagnons? On a institué une méthode, que l’on jugeait fiable: l’isnâd ou chaîne de transmission. On prend le témoignage d’un contemporain qui va rapporter un fait ou un propos attribués au prophète. Ce « rapporteur », doit citer toute la chaîne de individus ayant transmis le fait ou le propos jusqu’au dernier – contemporain du Prophète –  qui en aurait été témoin de l’évènement. Généralement, ce témoins n’est autre que l’un de ceux que l’on appelle les Compagnons du Prophète, premiers à croire en lui et en sa mission, premiers à le protéger et à diffuser la parole divine. L’ensemble a été regroupé, comme pour la recension du coran sous le calife Uthmân, dans un recueil que l’on appelle Hadîth (s).

Cet ensemble des hadiths a été remis en question par les savants musulmans eux-mêmes qui les ont classés en deux catégories: les vraisemblables ou authentiques et les douteux. Ceux jugés authentiques, permettent de reconstituer en partie la vie du prophète, son comportement en société, ses rapports aux fidèles. Indépendamment du message que cherche à transmettre le hadith, il recèle une foule de renseignements sur la vie quotidienne à l’époque du prophète. Les attitudes et comportements du prophète deviennent ainsi un modèle de conduite pour le croyant. Ces hadiths, lus le jour du vendredi et abondamment commentés à la mosquée (retransmis de nos jours par les médias) permettent au croyant d’imaginer le prophète en action ; d’édifier des « scénarios » qu’il reproduira lui-même dans sa vie quotidienne.

Au temps même de Mohammed, nombreux étaient les fidèles qui le consultaient régulièrement pour l’explication de tel ou tel verset, sur un mot ou un passage obscur, la portée d’une autorisation ou d’une interdiction coranique, une allusion du texte sacré, une condamnation …. Le prophète qui recevait même chez lui, répondait aux demandes des croyants.

L’exégèse musulmane

Il faisait en un mot œuvre d’exégète. La Vulgate (c’est à dire la version écrite définitive du texte coranique qui circulait uniquement sous forme orale) a été (et est toujours) une source de perpétuelle investigation. On peut définir l’exégèse comme un effort constant d’interprétation du Coran et de la Sunna. C’est de ces efforts d’exégèse que naît la loi islamique quand celle-ci n’est pas tout simplement énoncée par le Coran en termes clairs.

Pour ces raisons les termes  » traditions religieuses  » (Sunna),  jurisprudence, exégèse seront indifféremment utilisés pour signifier – par commodité – l’ensemble du corpus qui s’ajoute au Coran et le complète : hadiths comportements du prophète, commentaire et interprétation du Coran, lois et règlements musulmans … Comme dans tous les domaines du savoir, qu’il soit religieux ou « profane », les plus grands théologiens musulmans (Oulémas) et ce depuis  au moins le 9ème siècle ne sont pas toujours d’accord sur l’interprétation de tel ou tel ou tel verset, les conclusions à tirer de tel ou tel hadîth… Il faut dire qu e plusieurs facteurs entrent en jeu et doivent être pris en considération par le théologien-exégète, avant de proposer sa version qui peut avoir de nombreuses répercussions et conséquences:

– d’abord la langue employée dans le Coran date du 7ème siècle alors que le travail d’exégèse, sur ordre du califat n’a commencé que vers le 9ème siècle pour être achevé et admis au Xème siècle, avec les différentes variantes proposées par les plus grands Oulémas de l’époque. Or, une langue, quelle qu’elle soit évolue avec le temps: le sens des mots peut changer , des structures syntaxiques peuvent tomber en désuétude etc… Signalons aussi que la langue du Coran était celle de plusieurs tribus dont les parlers, les accents pouvaient diverger d’une région à l’autre et que probablement, le texte coranique mis en écrit est la somme de tous ces parlers tribaux ou régionaux. Le phénomène est encore plus important aujoud’hui où l’Arabe dit moderne, s’est considérablement éloigné de la langue classique.

– ensuite, et cela est largement admis aujourd’hui, l’interprétation du Coran s’effectuait sous haute surveillance du souverain en place et de ses conseillers. Aussi, et selon les besoins ou les contraintes socio-politiques du moment, les interprétations pouvaient être « recalées » ou orientées, d’où les divergences parfois considérables entre telle ou telle version, selon le théologue que l’on consulte. Tout cela a mené à la naissance d' »écoles » d’interprétations ou de rites,; elles sont au nombre de quatre officiellement reconnues au sein de l’Islam sunnite, malgré leurs nombreuses divergences. C‘est au début de l’ère Abbasside que se constituèrent ces quatre grandes écoles, qui sont toujours vivantes et se partagent toute l’étendue de l’Islam sunnite. L’école hanafite se réclame du juriste Abu Hanifa, l’école malikite de Malik Ibn Anas, la troisième de l’imam Shaf »i et la dernière doit son nom à Ibn Hanbal. L’exégèse ayant un caractère global, il était normal que des écoles apparaissent, pour la prise en charge de toute la vie concrète musulmane. Chaque école précise sa solution devant les points controversés, intervient sur des détails de la vie cultuelle comme par exemple les mouvements et les positions de la prière; c’est tout un comportement quotidien qu’elles déterminent. Mais voyons ce que sont ces écoles et ce qui les différencie.

L’école hanbalite                                                                                                                                                    

savants. Le « taqlid » (littéralement : imitation) a chez les hanbaliste une grande importance. Ils acceptent ainsi beaucoup de hadiths jugés par d’autres comme inauthentiques. Grossièrement, on pourrait dire que le hanbalisme représente le courant sunnite « rigoriste ».

L’école shafïite

 

Cette école continue à dominer en Basse-Egypte , en certaines parties de l’Arabie du sud, en Afrique orientale musulmane et dans certains pays de l’Asie musulmane… Le shafiisme se distingue par sa valorisation de la sunna comme source du droit, minimisant ainsi le consensus des savants. Le droit shafiite s’articule autour de la notion de consensus communautaire; autrement dit, le consensus doit émaner de la communauté en tant que telle et non de la réunion d’une poignée de savants.

L’école hanafite Née en Iraq, elle s’y maintient toujours , ainsi qu’en Syrie où elle est majoritaire. En Afghanistan, au Pakistan, en Inde , et parmi les musulmans de Chine. Elle eut du succès en Turquie où les Ottomans l’adoptèrent et la firent connaître dans les pays jadis soumis à la Porte. Elle se présente comme l’école la plus « large », la plus tolérante et certains vont jusqu’à la taxer de laxisme.

L’école malikite

C’est celle qui nous intéresse le plus, car c’est elle qui est le plus largement suivie au Maghreb. (note de DILAP : cette étude est un fragment de thèse. L’intérêt de l’auteur se rapporte au sujet de « l’Islam au maghreb », mais ne reflète pas un choix idéologique personnel). Signalons que l’Algérie et la Tunisie continuent à avoir des représentants du hanafisme. Mais l’école malikite est largement majoritaire. Au Maroc, c’est la seule qui est reconnue Malik Ibn Anas, à qui l’école doit son nom, attribuait une grande importance au consensus des savants, et à leur jugement personnel. Il a ajouté la notion de « maslaha » (bien commun), c’est-à- dire que tout jugement doit en fait tenir compte des intérêts de toute la communauté. Mais le plus important dans le malikisme, c’est sa reconnaissance du ‘Urf (coutume). Le « Urf » y est considéré comme une seconde source de loi. Le terme « Urf » désigne en fait l’ensemble des coutumes anté-islamiques qui existaient au Maghreb et que le malikisme non seulement n’a pas interdites, mais soigneusement reconnues, intégrées à l’islam. C’est ce qui explique la persistance de tant de rites archaïques, parfois franchement contraires à l’esprit de l’Islam.

Pour ces raisons , il est impossible de parler de communauté musulmane au sens strict du terme, quand on considère les pays du Maghreb. Il n’est pas non plus possible d’évoquer les traditions religieuses (sunna) sans tenir compte des traditions typiquement maghrébines antérieure à l’Islam et que le malikisme a permis de maintenir.
 

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