Le cinéma algérien à l’époque coloniale

Le cinéma algérien à l’époque coloniale
De 1896 à 1937

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Par Jean-Pierre Frey.

Architecte sociologue.

Jusqu’à la Libération le cinéma français tourne un certain nombre de films se passant dans les colonies françaises dont trente-trois fictions ont l’Algérie pour décor et trois seulement la ville d’Alger. L’un est le remake d’un autre Sarati le terrible (Mercanton, 1923 et Hugon 1937) et le troisième est le film de Julien Duvivier. La Casbah d’Alger est ici reconstituée aux studios Pathé de Joinville comme la ville de Sfax (Tunisie) pour La Maison du Maltais de Pierre Chenal. Seuls quelques extérieurs sont filmés à Alger. Le scénario s’y prête mais Julien Duvivier avait tourné presque entièrement au Maroc Cinq gentlemen maudits (1931) et La Bandera (1935). Le cinéaste n’en est donc pas à son premier film « exotique » (on peut y inclure le curieux Golgotha tourné juste avant La Bandera, évocation de la vie du Christ dans lequel Jean Gabin joue Ponce Pilate…).

Pépé le Moko Pépé le Moko peut être vu comme un film raciste quand le seul personnage algérien, l’inspecteur Slimane, est un personnage inquiétant. II est du reste interprété par un acteur français (Lucas Gridoux), une nouvelle fois dans un rôle de fourbe (après celui de Judas dans Golgotho). Pépé lui déclare d’ailleurs :  » Avoir à ce point-là une gueule de faux jeton, ça devient de la franchise ! ». Pourtant à la sortie du film Emile Vuillermoz écrit :  » Ne voyez-vous pas d’ici la brillante campagne d’opinion que l’on peut amorcer dans certains milieux antifrançais contre notre politique coloniale, en faisant observer que de notre aveu nous sommes incapables d’organiser l’Algérie, puisque sa capitale est repaire inexpugnable de bandits et de hors-la-loi ?… « . Enfin, après la guerre d’indépendance, le film a été rejeté par la première génération de cinéastes algériens qui y voyaient l’emblème du film exotique fait par et pour les Français.

        Pépé le Moko est davantage une histoire où la colonie est un ailleurs dépaysant qu’un film colonial. Il appartient à la veine du réalisme poétique où le protagoniste dont les traits sont toujours ceux de Jean Gabin, ne peut fuir pour changer de vie, pour échapper à son destin. Le déserteur de Quai des brumes ne peut quitter Le Havre, l’ouvrier du Jour se lève est bloqué dans sa chambre. Ici Pépé a réussi à partir, il ne peut seulement pas revenir en France. Tel un Robin des Bois moderne (c’est un voleur apprécié de toute la Casbah), il ne peut quitter son repaire sans se faire arrêter. Comme Fréhel pleurant sur ses amis de la Place Blanche, il ne lui reste qu’à rêver à Pigalle, au Paris perdu.

Chef d’une bande de malfaiteurs, Pépé se cache depuis deux ans avec sa bande dans la Casbah d’Alger. Aidée d’un indicateur, la police cherche à l’attirer hors de la vieille ville où il est pratiquement imprenable.

Source: Connaissance du cinéma.

Les Frères Lumière à Alger                                                                                    

Alexandre Promio
France > 1896 / 1903 > 8 x 40′ > noir et blanc > muet > documentaire > Source Archives françaises du film CNC – Association des Frères Lumières

 

Le cinématographe vient de naître. Alexandre Promio, l’un des plus célèbres opérateurs des Frères Lumière qui revendique l’invention du travelling, filme Alger. Huit films d’une durée de 40 secondes chacun, montrent la Place du Gouvernement (aujourd’hui Place des Martyrs) vue depuis un tramway, la rue Bab-Azoun, un marché animé, la circulation des piétons et des véhicules, le port, un paysage en bord de mer.

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