L’Islam au Maghreb et traditions populaires

Accommodements et arrangements de circonstances

                                                                     
                                                                                                                                           Les Oulémas aux temps des conquêtes: un prosélytisme pragmatique et pacifique
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  Rites purement arabes

Avec l’irruption de l’Islam depuis la péninsule arabique, les Arabes ont apporté dans leurs bagages la nouvelle religion avec son principal véhicule, le texte sacré, mais aussi leur propre mode de vie (essentiellement bédouin)n, leurs rituels souvent pré-islamiques (l’Islam, dans ses premières années de conquêtes territoriale était loin d’être codé, réglementé par des règles juridiques plus ou moins rigides, qui allait donner ensuite la fameuse chari’a, (loi islamique applicable dans tout le monde islamique sunnite).

On peut donc penser légitimement que les armées arabes sorties de la péninsule pouvaient avoir des pratiques antérieures à l’Islam et tolérées par la nouvelle religion qui a ses débuts se montrait d’une grande tolérance, notamment par rapport aux territoires conquis qui n’était pas des territoire vierges sur le plan de la langue, des croyances et des rites. Les Arabes d’Arabie, militaires ou simple citoyens installés dans les nouveaux territoire de l’Islam, continuaient par exemple à exercer une forme de magie et même de sorcellerie parfois en contradiction avec les principes fondamentaux de la nouvelle croyance.

Mais cela était considéré par les premiers Oulémas (théologiens) comme secondaire: l’essentiel était qu’il soit musulmans, croyant en un seul Dieu (Allâh), qu’ils connaissent le Coran et le récitent, et surtout contribuent par tous les moyens à la diffusion de la parole  divine…

Nous l’avons dis dans d’autres articles: nous ne croyons pas à l’expansion foudroyante de l’Islam d’est en ouest par le seul fait des armes, avec des cavaliers intrépides et courageux… Il y a eu certes invasions armées, combats, résistances, défaites , avancées et reculons , notamment au Maghreb face à la farouche résistance berbère… mais nous pensons que c’est surtout  la souplesse de la religion à ses débuts, la pédagogie et la patience des Oulémas à l’époque, leur travail en profondeur, leur passion et leur sincérité qui ont convaincu des peuples entiers à adopter l’Islam, là où les romains et ceux qui les ont précédés ont échoué.

Mais la force de l’Islam de l’époque – via ses oulémas – c’était la tolérance et surtout la capacité et l’intelligence de ne pas trop bousculer les ordres établis avant l’arrivée de l’Islam et de faire des concessions, de synthèses entre les apports de l’Islam et les croyances et traditions déjà présentes parfois depuis des millénaires…

Adoption des rites malékites au Maghreb

Juifs berbères

C’est pour cette même raison sans doute que le Maghreb a adopté les rites malikites, plus favorables aux coutumes « traditionnelles » c’est-à-dire celles antérieures à l’Islam. Le Maghreb ne fait sans doute pas exception en ce domaine, mais c’est la région qui nous intéresse pour notre étude. (Note DILAP : Cette préférence est dictée par le sujet essentiellement consacré au Maghreb et non par une préférence personnelle de l’auteur) . Qu’il y ait au Maghreb des rites anciens intimement mêlés aux rites religieux musulmans, cela ne fait plus de doute. A signaler que le Maghreb était peuplé aussi de tribus juives qui ont conservé leur religion mais soumis au statut de dhimmis , statut qui leur permettait de garder leur religion et leur mode de vie en échange d’un impôt supplémentaire par rapport à celui des musulmans convertis. Ceux-là avait aussi leurs propres rites à vocation religieuse forcément et pouvaient les manifester publiquement sans censure aucune, dès lors où ils n’enfreignent pas les règles fondamentales de l’Islam. Par contre, ce qui est fort probable c’est que des coutumes extérieures aussi bien à l’Islam qu’au Maghreb lui-même aient fait leur apparition à un moment donné de l’histoire. Nous pensons notamment à la longue et obscure période ottomane, période de régression dans tous les domaines. Nous pensons à la sorcellerie version maghrébine, la lecture du destin de chacun à partir de matériaux eux-mêmes plus ou moins prohibés, etc… 

Mythologie berbère
La sorcellerie, la magie noire et les superstitions ont par la suite été violemment condamnées par l’islam. Or devant le vide crée par la domination ottomane, c’est ce qui s’est le plus développé après le grand silence qui suivit les interrogations d’un ibn Khaldun.

Quand la sorcellerie s’en mêle…

Régression irrémédiable d’une civilisation, recul de la science et de la recherche, sclérose de l’exégèse, appauvrissement culturel et matériel, que restait-il, sinon retourner au passé antérieur ? Mais même pareil retour devenait impossible avec les exigences de la foi. C’est là qu’intervient la superstition comme solution originale : la fuite dans l’imaginaire. Puisant dans le vieux fond culturel berbère, s’inspirant de la religion musulmane, le Maghreb a produit des rites tout à fait spécifiques, synthèse originale entre deux formes de cultures différentes mais pas nécessairement opposées. Ces deux apports ont souvent fait bon ménage d’ailleurs. De toutes façons, quand les apports islamiques menaçaient trop les équilibres établis, ils étaient tout simplement écartés, sans nulle peur du sacrilège…

Rites nouveaux, effets de mode et influence occidentales

  Après les indépendances et grâce au développement économiques relatifs selon les pays, les modes vie, les moeurs ont commencé à changer. On abandonne les rites jugés trop anciens, démodés, devenus « ringards », on garde les rites jugés intéressants et encore « vendables » au public en les améliorant, quitte à dépenser des fortunes. Mais surtout, on  adopte des rites nouveaux empruntés aux pays voisins, pour faire « innovant », original… Mais les nouveaux rites les plus appréciés sont ceux empruntés à l’occident et surtout la France, notamment concernant les modes vestimentaires pour les mariés. Autre innovation: la réception des invités et le repas de fête. Autrefois, cela se passait dans les demeures des jeunes mariés, plus , s’il le faut la ou les maisons de membres de la familles ou d’amis.Une pratique nouvelle apparaissait alors: la jeune mariée doit exhiber tout son trousseau en se changeant plusieurs fois et en défilant devant les convives, qui doivent féliciter la mariée et lui faire des éloges sur ses choix vestimentaires.

Aujourd’hui, les choses ont changé: plus question de faire la fête à demeure. Il faut louer une salle , privée ou publique, suffisamment grande pour accueillir le plus de monde possible.

Plus il y aura d’invités , plus le mariage paraîtra grandiose laissant deviner la fortune du marié. Là encore, changement: la mariée ne défilent plus en passant parmi les convives, mais carrément sur scène, telle une star ou un mannequin de classe. Le tout agrémenté par la musique jouée par une troupe professionnelles spécialisée dans ce type de mariages nouveaux.

Mahfoud Boudaakkar.  2015/2016

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